Qu’est-ce que le crowdsourcing ? Une tendance émergente ou un raz-de-marée ; une option possible ou l’avenir des entreprises ;  une chasse gardée ou un terrain de jeu ouvert à tous ? Pour répondre à ces questions, Francesco Serra, chief operating officer chez Hypios CrowdInnovation, a invité Lionel Roure, maître de conférences au CNAM, expert APM (Association progrès du management) et Germe (Groupe d’entrainement et de réflexion au management des entreprises) chez Nextdoor.

 

Le crowdsourcing, définition

Nous citerons ici wikipédia… non par paresse, mais parce comme nous l’a fait remarquer Lionel Roure, cette encyclopédie-là illustre à la perfection les vertus du crowdsourcing.

Car, par opposition à la vénérable Encyclopedia Universalis, dont la production de contenu, par ailleurs gravé dans le marbre, appartient à quelques pontes triés sur le volet, les articles de Wikipédia sont l’œuvre collaborative de milliers d’experts et de passionnés qui se corrigent et performent 24h/24 : les données y sont donc plus fiables, exhaustives et actualisées que n’importe quelle autre source.

Wikipédia, donc : « Le crowdsourcing ou production participative, est l’utilisation de la créativité, de l’intelligence et du savoir-faire d’un grand nombre de personnes, […] pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur. Ceci se fait par un appel ciblé […] ou est ouvert à d’autres acteurs. Le travail est éventuellement rémunéré. Il peut s’agir de simplement externaliser des tâches ne relevant pas du métier fondamental de l’entreprise, ou de démarches plus innovantes. C’est un des domaines émergents de la gestion des connaissances. »

 Il s’agit donc ici de s’assoir autour d’une table (digitale) pour résoudre ensemble un problème, en faisant appel à des profils extérieurs… qui ne seront pas nécessairement des experts, voire seront totalement étrangers au cœur de métier du problème en question. « Car plus le domaine scientifique d’un problème s’éloigne des zones d’expertise des solutionneurs, plus le problème a de chances d’être résolu » explique Lionel Roure.

Trouver des solutions, donc. Mais là n’est pas la seule vocation du crowdsourcing : l’innovation et la cocréation y fleurissent également… 

Innover ou mourir

L’innovation : la condition de survie pour nombre d’entreprises. Et hélas, celles qui ne l’ont pas compris sont déjà mortes, car elles se sont faites ubériser…

Investir des milliards dans la R&D est certes indispensable : « 2000 mlds de dollars ont été investis en 2017 dans le monde. Un chiffre qui a doublé en dix ans et qui doublera encore d’ici à 2028 », prévient Lionel Roure. Mais indépendamment du budget aloué, le piège à éviter ces derniers temps était de se limiter à faire ce que l’on sait faire et perdre de vue les attentes des consommateurs… tandis que d’autres avaient bien compris que l’avenir appartient à ceux qui savent être user centrics.

Alors, comment faire mieux et plus rapide que les disrupters ? Il faudrait pour cela être en mesure d’avoir une veille extrêmement large, car l’innovation vient bien souvent d’un domaine totalement étranger à son cœur d’activité.

Idéalement, prévient Lionel Roure, « innover serait introduire le meilleur état des connaissances actuelles dans un service ou produit créatif, en vue d’augmenter la satisfaction des individus et de créer de la valeur. Il faut donc partir de l’utilisateur et remonter vers la technologie disponible (ou celle qu’il faudrait développer) » : la réflexion doit porter sur la façon de répondre à un besoin et non améliorer ce que l’on fait déjà.

Or, cette approche si difficile à adopter par une entreprise repliée sur elle-même, est, par essence le point fort du crowdsourcing…

À lire aussi : Ubérisation, émergence disruptive de pratiques digitales (Maud Bailly) ; Une entreprise plateforme sinon rien (Jérôme Wallut)

Le crowdsourcing pour innover en un clin d’œil

« Pratiquer l’innovation ouverte, explique Lionel Roure, c’est reconnaître que les connaissances dont peut disposer une entreprise sont nécessairement limitées : il faut donc aller chercher ailleurs… » C’est ce qu’a su faire en son temps Apple avec l’Ipod, ou Lego, qui au lieu de se perdre dans une lutte sans fin avec les hackers qui s’en prenaient à Lego Mindstorm, a choisi de solliciter ces derniers et les rémunérer.

Les pirates, justement, nous amènent à considérer la notion de… passion : quoi de plus performant, disponible et créatif qu’un individu passionné, qui a choisi son sujet ? Par opposition à des ingénieurs ou créatifs, certes ultra compétents, mais peut-être parfois usés et désabusés par trop d’années de salariat, de management inadapté ou de de contraintes déraisonnables ?

Un cas concret ? Entre 2009 et 2010, Fiat a su mobiliser 17000 personnes volontaires pour produire la Fiat Mio en… quinze mois.

Vous l’aurez deviné, un autre argument fort en faveur du crowdsourcing est la rapidité de conception ou résolution de problème : « Selon Karim R. Lakhani professeur à Harvard Business School, sur un échantillon de 166 problèmes résolus, il faudrait en moyenne deux semaines ou 80 heures aux inventeurs pour élucider les problèmes posés », commente Lionel.

À lire aussi : Quatre applis pour gagner du temps

L’entreprise du futur ?

Mais le phénomène du crowdsourcing de n’arrête pas à la production d’idées neuves ou la résolution de problèmes… Des plateformes comme Quirky ont choisi « de prendre le problème par l’autre bout » : celui qui a l’intuition d’un objet ou produit susceptible de répondre à un besoin poste un brief présentant son idée. La communauté étudie la proposition et vote la mise en production (ou non) de l’idée. Sur les 3000 à 4000 idées que Quirky reçoit chaque semaine, en moyenne trois sont fabriquées. Et hop ! Le produit se retrouve sur le marché : ici, on ne résiste pas à la tentation de vous confier aussi que Quirky a sa boutique

Génial et simple comme bonjour. Mais cela va plus loin : selon Lionel Roure, la révolution du monde de l’entreprise est bel et bien amorcée. Alors que la « première » mondialisation avait incité les entreprises à délocaliser leur production et ne conserver dans le pays mère que la gestion et la conception, il se pourrait bien que demain, la conception soit totalement digitale et mondialisée, tandis que la production, elle, serait locale : et ce sont les possibilités offertes par l’impression 3D, qui rendront ce renversement possible.
C’est le modèle de Local Motors, qui cocréé, puis fabrique en petite série des voitures imprimées en 3D.

L’explosion exponentielle des plateformes de crowdsourcing permet d’expérimenter et bientôt vulgariser d’autres façons de collaborer et travailler : dans la mesure où les solutionneurs sont rémunérés lorsque leur idée est retenue, elles redessinent donc l’air de rien notre paysage professionnel, à l’instar des espaces de coworking et autres fablab, qui poussent un peu partout… Alors, l’aventure vous tente ? N’allez pas croire qu’elle est réservée à une élite d’ingénieurs : Lionel Roure estime que le marché des solutions apportées par le crowdsourcing est autant alimenté par des innovations que par des idées créatives à destination de la communication… Il a recensé pour nous les plateformes les plus connues.

À lire aussi : Une communauté qui fait du business tous azimuts

Petit panorama :

  • Innocentive est un des leaders historiques et la plus connue des plateformes de crowdsourcing, surtout sur le continent Américain où ces pratiques sont plus développées. Avec quelque 380.000 solutionneurs (solvers) répartis dans 200 pays (soit une communauté de 200 millions d’individus). Pour savoir comment ça marche.
  • Hypios CrowdInnovation (CI) se présente comme la plateforme de crowdsourcing R&D et innovation la plus avancée au monde. En combinant crowdsourcing et intelligence artificielle, elle est la seule à disposer de technologie sémantique brevetée. Sur la base de mots-clefs, ce dernier va pouvoir cadre une problématique d’innovation en recherchant les niches métiers et domaines d’application connexes et adjacents. Ensuite, en s’appuyant sur cette analyse sémantique, un moteur de recherche web permet d’identifier et contacter les solvers susceptibles de pouvoir collaborer à la résolution du problème posé, en l’abordant avec un prisme différent. Le plus souvent, les solutions viennent d’un autre secteur d’activité que le client n’avait pas appréhendé. Hypios CI compte aujourd’hui une base de près de 2 millions de solvers  et un taux de réussite de + de 58% sur 160 Challenges. Orange, Essilor, Bonduelle, La Ratp ou Les cafés Richard ont déjà fait appel à ses services. Hypios CI propose aujourd’hui de mettre ses outils à disposition des équipes d’Innovation et de R&D afin de les aider à accélérer leur processus de veille et d’innovation. Ces pratiques sont encore méconnues en Europe alors qu’il existe une intelligence collective disponible et sous utilisée. Pour savoir comment Hypios marche.
  • Eyeka se qualifie de professionnel de la naïveté, en ce que cette dernière permet de produire des choses inattendues. Sa communauté se compose de presque 400.000 créateurs. Son leitmotiv : 92% des inventeurs des meilleures solutions proviennent de pays différents du pays d’origine du brief ! Coca-cola, Nestlé, Duracel, Bic… lui ont fait confiance. Comment ça marche. Et pour avoir des données sur le crowdsourcing : téléchargez le rapport.

Hypios et Eyeka France ont leurs bureaux au Nextdoor de Neuilly-sur-Seine, alors si vous êtes une entreprise en quête d’oxygène, d’innovation ou de disruption, n’hésitez pas à les contacter : Hypios :  contact@hypios.eu Eyeka : fpetavy@eyeka.net

  • Asknature prône la recherche de solutions durables par l’observation de la nature, ou biomimétisme.
  • TopCoder rassemble des codeurs et autres experts en software… designer ou techniciens.
  • 99designs est spécialisée dans le design : on peut y travailler avec un designer que la plateforme sélectionnera en fonction de critères précis ; soit lancer un concours
    Expernova a imaginé un graphe qui modélise les interactions entre les experts mondiaux, les universités et les entreprises, ce qui a convaincu Décathlon ou Nestlé. Pour savoir comment ça marche, il faut donner un peu de ses data et remplir un formulaire.
  • YourEncore s’appuie une communauté de 1100 scientifiques et ingénieurs à la retraite.
  • IdeXlab s’est doté d’un moteur de recherche pour trouver des articles et brevets pertinents en fonction de la solution à trouver. Sa communauté de 10 millions d’individus est composée de profils particulièrement pointu, issus de société innovantes.

Et aussi : Ideaconnection, Kaggle, MoreInspiration

 

Un article rédigé par Laëtitia Cognie,
pour Nextdoor, business humanizer