De quelle façon le rapport au travail a-t-il évolué ces dernières décennies, et pourquoi ? Au lendemain de ce vingt-et-unième siècle, pourquoi travaillons-nous, et qu’attendons-nous du travail ? Finalement, les jeunes des générations Y et Z ne seraient-ils pas l’avant-garde d’un tout nouveau rapport au travail ?

Notre nouveau rapport au travail : aux origines du changement

L’ère matérialiste de nos grands-parents

 Au sortir de la révolution industrielle, et après les deux guerres ayant ralenti la croissance du pays, la France est entrée dans une ère dite « matérialiste ». C’est la première phase d’un nouveau rapport au travail, à l’ombre de la société de consommation qui s’installe : la masse salariale développe des valeurs de plus en plus individualistes et rationnelles, faisant du travail un instrument lui garantissant sécurité financière, stabilité, confort matériel, et statut social. Les classes moyennes prospèrent : face à cette nouvelle possibilité de faire carrière, les salariés accèdent à des standards de vie toujours plus élevés. Le système de croyance et de respect de l’autorité hérité des siècles passés n’a pas complètement déserté les esprits, il est donc encore courant de jurer fidélité à une même entreprise tout au long de sa carrière.

L’ère postmatérialiste enclenchée par nos parents

Avec la fin des Trente Glorieuses, l’ère matérialiste s’estompe d’elle-même : la sécurité économique étant devenue une certitude dans un pays comme la France, la génération de nos parents (également connue sous le petit nom de génération X) rentre très progressivement dans une ère postmatérialiste, où les valeurs de bien-être au travail et de qualité de vie en général côtoient de plus en plus fréquemment celles de confort et de statut social.

Des enfants au cœur de l’ère postmatérialiste

Les valeurs expressives et postmatérialistes ont pris tout leur sens avec l’arrivée sur le marché du travail des générations Y, et maintenant Z. Elles sont consécutives à un réveil brutal :

  • la réalité d’un chômage endémique et d’une croissance terne, entrecoupée de crises financières régulières
  • la prise de conscience de la finitude des ressources mondiales, la saturation ressentie face à la société de consommation
  • enfin, la précarisation du modèle salarié classique : effondrement des recrutements en CDI, revenus stagnants, rares promotions internes.

Pour toutes ces raisons, ces enfants du vingt-et-unième siècle se sont associés pour dessiner les traits d’un nouveau rapport au travail.

Comment se traduit notre nouveau rapport au travail ?

Ce que cherchent les jeunes

Parce que le niveau d’études n’a jamais été aussi haut, les attentes des jeunes vis-à-vis de leur emploi sont plus élevées (des attentes tant matérialistes que postmatérialistes, d’ailleurs), leur engagement plus grand, leur passion plus aigüe, assumée ..  Un sens au travail est recherché systématiquement.

Mais surtout, l’on constate l’apparition d’une conception « polycentrique », comme expliqué dans cet article de recherche de la revue Sociologies : nos nouveaux systèmes de valeur s’organisent selon des pôles – le travail, la famille, le cercle social, les relations amoureuses, les loisirs – dont l’équilibre appartient à chacun. Dans la recherche de cet équilibre, il est normal que la vision matérialiste du travail s’efface, de manière à satisfaire les autres pôles.

La réponse des entreprises au changement

En réponse au contexte actuel de crise, et aussi pour retenir dans ses filets une génération à la recherche d’un nouveau rapport au travail, certaines entreprises ont su se mettre au diapason mieux que d’autres. Le concept de Slow Management a par exemple fait son apparition, une philosophie voulue alternative au modèle qui brise les salariés et épuise les ressources naturelles. Mais le meilleur exemple, dans la conception d’un nouveau rapport au travail, reste bien sûr celui du mastodonte Google, au fait des nouvelles technologies tout comme des changements comportementaux de ses employés.

Hors de l’entreprise : et si on devenait entrepreneur ?

Mais les alternatives offertes par les entreprises ne suffisent pas, et les travailleurs de ce nouveau siècle ont appris à s’organiser entre eux, le plus à l’écart possible de la structure organisationnelle classique. Les espaces de coworking fleurissent çà et là, regroupant ces nouveaux marginaux qui se risquent à choisir le nouveau statut freelance, voire d’autoentrepreneur, créé en 2008 afin de répondre en réaction aux nouvelles habitudes de travail. Un statut qui présente des avantages, mais aussi beaucoup d’inconvénients, dans une société où les lois d’encadrement des encadrant les travailleurs n’évoluent pas aussi vite que les travailleurs eux-mêmes, ou pas plus qu’elles ne les accompagnent dans leurs aspirations à la mise en place d’un nouveau rapport au travail.