Si la pression vient souvent des mécaniques de management actuelles, elle vient aussi de nous-mêmes. Nous voulons être à la hauteur, tout réussir, dans des espaces temps de plus en plus réduits. Comment faire alors pour ne pas succomber à ses propres exigences personnelles et réussir à relâcher cette pression et à vivre mieux, tout simplement. On se pose la question et on apporte quelques éléments de réponses. 

À chacun sa pression

Selon Audrey Akoun et Isabelle Pailleau, respectivement cognitivo-comportementaliste et psychologue du travail et auteures du livre Je dis (enfin) stop à la pression, paru aux éditions Eyrolles, il existe trois formes de pression :

  • La première est la pression subie. Elle vient de l’extérieur, à savoir de nos proches, de nos clients ou de nos managers.
  • À force de subir de la pression externe, cette dernière finit par s’ancrer, nous faisant basculer vers la deuxième forme de pression : la pression intégrée. Elle représente les standards que l’on s’impose. Des règles qui, au fur et à mesure, deviennent trop rigides, voire tyranniques, nous oppressent et nous font souffrir. Ces attentes trop élevées de nous-mêmes créent stress, fatigue physique, mentale et émotionnelle.
  • La dernière forme de pression est celle dite projetée, c’est-à-dire la pression que l’on exerce sur les autres. Parfois volontaire et parfois inconsciente, elle amène à un résultat toujours néfaste pour l’entourage.

La pression a d’ailleurs évolué ces dernières années et ne se vit pas de la même façon qu’au début du 20e siècle, où les conditions de travail étaient pourtant éprouvantes. Ce qui a changé, notamment, c’est la notion d’isolement. Elle est l’une des principales raisons de la hausse de pression chez les salariés. Ainsi, avec le temps, le collaborateur est devenu de plus en plus responsabilisé, et est évalué en tant qu’élément isolé.

 

Petit manuel du collaborateur sous pression

Il existe différents signaux qui prouvent qu’une personne est sous pression au travail. Il peut être parfois compliqué de les déceler, mais plusieurs symptômes mettent la puce à l’oreille, comme le souligne Frédéric Fanget, psychiatre et psychothérapeute spécialiste des thérapies cognitivo-comportementales dans un numéro de Cerveau & Psycho. En voici quelques exemples :

  • Le temps d’accomplissement d’une tâche: une personne sous pression mettra plus de temps à la réaliser qu’un de ses collègues. La cause ? La quête du parfaitement parfait, sans droit à l’erreur.
  • Une certaine indécision: soit la prise de décision est repoussée par peur de faire une erreur, soit, à l’opposé les décisions se prennent de manière impulsive, pour s’épargner un long processus de réflexion.
  • Un sens des responsabilités surdimensionné: pour la personne concernée, déléguer des tâches devient de plus en plus complexe.
  • Un sentiment de dépréciation : une sensation d’être valorisé uniquement lorsque vous produisez un travail parfait, qui va de pair avec la crainte d’être évalué de manière négative.
  • Un décalage dans les objectifs : prêter plus d’attention à la qualité des performances qu’à leur but.

En bref, tous ces symptômes mènent à un perfectionnisme poussé à l’extrême qui, finalement, nous freine dans notre développement professionnel et personnel.

 

Diminuer l’effet cocotte-minute

Outre un travail à opérer sur soi et un certain recul à prendre sur ses propres erreurs, il existe des exercices pratiques pour aider à décompresser, justement. Au travail, les micro-pauses sont un moyen efficace de relâcher la pression, sans pour autant accaparer trop de temps. Elles peuvent être exploitées de différentes manières. Quelques exercices d’étirements ou de respiration, par exemple, sont faciles à effectuer et à la portée de tous. Le yoga est également recommandé, et ne nécessite pas forcément un tapis de sol. Bon nombre d’exercices peuvent se faire depuis notre chaise de bureau.

Ces micro-pauses peuvent également être l’occasion de boire un grand verre d’eau, que l’on oublie souvent dans l’enchainement des actions d’une journée. L’hydratation est essentielle pour une bonne relaxation. Prendre l’air, ne serait-ce que quelques minutes, est aussi une bonne habitude à prendre, l’idée étant de déconnecter. Notre cerveau ne possède pas de bouton « pause », d’où l’intérêt de ces quelques moments qui laissent place aux vagabondages des pensées. Ce sont ces moments qui permettent d’explorer de nouvelles idées, de développer celles existantes, ou encore de renforcer un plan d’avenir.

Mais être relaxé au bureau, cela se travaille aussi en dehors, à travers la mise en place de rituels, comme le jardinage, le bénévolat, le bricolage ou le tricot par exemple. Toutes ces activités sont destinées à nous sortir de notre stress quotidien, à nous évader. Comme nous le conseille Cécile Neuville dans son ouvrage 5 minutes par jour pour lâcher prise enfin ! (éditions Leduc, 2016) il est possible d’entrer dans un premier sas de décompression grâce à un exercice symbolique : prendre une feuille, inscrire dessus toutes les formes de pression ressenties, prendre une grande respiration et détruire cette feuille (par le moyen de son choix).

 

Relâcher la pression, au travail comme ailleurs, c’est donc surtout arrêter de vouloir être parfait. Dans une société qui nous vend par tous les côtés des images de perfection, au travers de la publicité, des séries, des réseaux sociaux et autres, il est parfois difficile d’accepter de ne pas être « impeccable ». Et c’est pourtant ce que nous devrions faire. Nous ne sommes pas des machines, nous sommes des femmes et des hommes. Et au final, comme le disent si bien Anne-Sophie et Fanny Lesage, dans leur livre, Celle qui a dit fuck, nous avons tous et toutes le droit à l’imperfection. 

Article rédigé par Aurore BISICCHIA
pour Nextdoor, Business Humanizer