L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais il y contribue. D’autant plus lorsqu’on parle de la rentabilité de l’entreprise que vous avez créée ou reprise, et encore plus lorsque vous vous interrogez sur la possibilité d’augmenter ladite rentabilité. Youssef Gomery, expert-comptable et résident chez Nextdoor, nous livre ses clés pour évaluer et optimiser cette rentabilité économique. Ouvrez grandes vos oreilles.

En préambule, rappelons que la question n’est pas (forcément) de courir après les chiffres d’affaires les plus mirobolants possibles : on a envie de dire que chacun définit à sa guise son niveau idéal de résultat et de revenus. En revanche, pour survivre, une entreprise se doit d’être rentable, afin d’assurer sa pérennité, d’être en capacité d’investir, d’offrir des salaires attractifs aux talents qui la feront progresser, et améliorer la qualité de ses produits ou services de manière constante pour se démarquer de la concurrence.

« Or, on se rend compte que bon nombre d’entrepreneurs font de la navigation à vue et ne maitrisent pas les indicateurs de base pour s’assurer de la rentabilité de leur entreprise, explique Youssef Gomery, expert-comptable et fondateur du cabinet Gomery. C’est problématique car cela impacte leur gestion et leurs choix de chef d’entreprise. »

La rentabilité économique commence par le choix de sa forme juridique

« Tu devrais créer une SASU, c’est vraiment le régime le plus intéressant. » « Tu as pensé à l’entreprise individuelle ? Cela t’évite de déposer des statuts, c’est une économie. » « Tu devrais démarrer en auto-entreprise, avec les nouveaux plafonds, tu sors gagnant. »

Quel créateur d’entreprise n’a pas reçu de conseils tous azimuts d’autres entrepreneurs, heureux de partager leur expérience ? Cela fonctionne peut-être pour eux, mais chaque situation est différente. L’expérience de votre voisin de bureau ne remplace pas l’expertise d’un professionnel, et chaque entreprise doit bénéficier d’un accompagnement adapté à ses besoins et projets.

« Cela peut marcher partiellement, explique Youssef, mais il ne faut pas s’attendre à bénéficier de la solution idéale parce qu’on l’a dupliquée. Les créateurs d’entreprise ne perçoivent pas toujours que les choix faits au démarrage auront des conséquences rapides et pesantes. La forme juridique impacte le niveau de cotisations sociales, les aides auxquelles ils peuvent prétendre. Il en est de même pour l’objet social qui peut vous faire affilier à une catégorie sociale différente. C’est important d’être bien conseillé afin de mettre toutes les chances de son côté et préparer certaines opérations : une levée de fonds ou la sollicitation de partenaires financiers… »

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Entrepreneur, connais-tu vraiment ton entreprise ?

« Au quotidien, je suis confronté le plus souvent à deux types de profil. Les entrepreneurs qui gagnent de l’argent, mais pourraient en gagner plus, car ils n’optimisent pas assez leurs résultats, raconte Youssef Gomery. Et il y a ceux qui démarrent, qui travaillent beaucoup mais qui ne gagnent pas encore assez d’argent et doivent donc améliorer leur gestion et leur politique de prix. »

La difficulté est d’identifier les leviers les plus rentables, en intégrant la notion de goulot d’étranglement. Plaît-il ? Arrive un moment où toute entreprise est plafonnée soit par le temps humain disponible, soit à cause de son rythme d’approvisionnement ou de son manque de trésorerie pour racheter de la marchandise. En gros, sky is not always the limit… La difficulté est de réussir à se rapprocher au maximum de ce point de bascule, sans le dépasser.

Les différents indicateurs de rentabilité à suivre

Coût d’une journée d’exploitation, montant de marge plutôt que de chiffre d’affaires, destruction de trésorerie… êtes-vous au clair ? Youssef Gomery fait le tour des indicateurs essentiels à maîtriser. Ils ne sont pas exhaustifs, mais constituent la base d’indispensable d’un pilotage éclairé.

Coût d’une journée d’exploitation

C’est un indicateur essentiel du seuil de rentabilité. « Tous les jours, quand vous arrivez et que vous ouvrez votre bureau, combien vous coûte la journée si vous ne facturez rien ? demande Youssef Gomery. Cela inclut beaucoup d’éléments que votre comptable vous aidera à lister : loyer, taxes, salaire, cotisations, maintenances, etc. » Autre question qui découle de cette notion : est-ce que cette exploitation quotidienne génère ou détruit de la trésorerie ?

Une fois que vous connaissez le coût d’une journée d’exploitation, vous pourrez calculer le coût d’une heure d’exploitation et vous comparerez plus facilement.

Calcul de la marge plutôt que du chiffre d’affaires

« Beaucoup d’entrepreneurs confondent leur chiffre d’affaires et leur marge, regrette Youssef. Vous pouvez avoir un volume de marge très faible avec un chiffre d’affaires élevé. Et inversement. Tout dépend de votre business model.»

Pourtant, la marge est ce qui fait vivre l’entreprise… et son patron ; elle sert à couvrir les différentes charges restantes (dont votre rémunération) et de vous permettre de générer un résultat. Ses critères de calculs diffèrent selon qu’on est un prestataire de service ou qu’on vend de la marchandise.

Pour bien la définir, il importe d’intégrer aussi les coûts cachés, afin de s’assurer qu’on l’a vendu au juste prix. Pour cela, l’entrepreneur a besoin de savoir combien de temps il a passé sur chaque prestation : temps administratif, temps de suivi de projet, temps de relance de facturation, etc. « Pour les prestataires de services, une journée de vente doit être complètement optimisée et organisée pour consacrer du temps aux prestations les plus rémunératrices. Dans l’idéal, les autres doivent être éliminées ou sous-traitées » insiste Youssef.

Évaluation du fonds de roulement et du fonds de roulement disponible

Si ces notions ne réveillent qu’un très vague écho de vos cours de gestion, votre expert-comptable, lui, les maîtrise parfaitement. « Sans rentrer dans le détail ici, ce qu’il faut retenir, c’est que tant que l’entreprise a un fonds de roulement supérieur à son besoin en fonds de roulement, elle aura de la trésorerie. La capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie fera partie des indicateurs vérifiés et appréciés par les banques ou les partenaires financiers. »

Les erreurs de débutant à ne pas commettre

Nombre d’entrepreneurs se font piéger par les régularisations de charges et d’impôts, faute d’avoir anticipé ces sorties de trésorerie. « Je suis encore surpris du nombre de chefs d’entreprise qui considèrent que la TVA fait partie de leur chiffre d’affaires, explique Youssef. Beaucoup n’anticipent pas non plus les impôts et régularisations de cotisations qui arrivent à N+1. Et là, gare à la casse quand il faut passer à la caisse ! L’expert-comptable est là pour indiquer les provisions à établir et anticiper ces difficultés. »

Les relances et suivi des créances permettent de réduire au maximum le décalage de trésorerie entre l’émission de la facture et son encaissement. Avoir des créances (ndlr : des factures émises mais non encore encaissées), c’est bien, mais avoir de la trésorerie disponible, c’est encore mieux pour faire face à ses échéances. Lorsqu’on sait qu’on va avoir une sortie de trésorerie importante, il est préférable de la planifier un mois où d’importantes rentrées sont prévues, afin de ne pas fragiliser sa trésorerie.

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Le mot de la fin

Vous l’aurez compris, le message à retenir est simple : ne vous lancez pas dans votre activité sans accompagnement par un professionnel. Lui pensera à conforter vos choix et vous créer des alertes pendant que vous réfléchissez aux leviers de développement de votre business.

Si vous souhaitez vous muscler sur les questions de gestion d’entreprise et mieux comprendre les leviers comptables, on vous conseille :  

La Gestion d’entreprise pas à pas, de Philippe Guillermic (éditions Vuibert, 2015), qui vous apprend à lire et décoder les chiffres comptables essentiels, et repérer les points forts et faiblesses de votre activité.


Calcul des coûts, prix et marges à portée de tous, de Victor Marie Kaldjob (éditions L’Harmattan, 2014), un ouvrage qui compile théorie et exercices. Concentration nécessaire pour les mener à bien !


Merci à notre expert

Youssef GOMERY est expert-comptable et commissaire aux comptes. Il accompagne les dirigeants, les associations, les professions libérales dans leur gestion, et conseille les créateurs et repreneurs d’entreprise.

Et que vous soyez résident chez Nextdoor ou pas (encore ?), vous pouvez contacter Youssef Gomery pour un rendez-vous de diagnostic : ygomery@gmail.com ou www.gomery.fr


Article rédigé par Clémentine Garnier pour
Nextdoor, Business Humanizer