Un quart des salariés français pratique aujourd’hui le télétravail, au quotidien ou de manière occasionnelle, et le mouvement continue à s’accentuer. On pourrait vous parler uniquement des (nombreuses) vertus du télétravail, et on est bien placés pour le faire en tant qu’opérateurs d’espaces de travail partagés. Toutefois, force est de constater que ce n’est pas encore une évidence pour tout le monde. Des freins persistent, et les mentalités évoluent doucement (mais sûrement). Demain, tous télétravailleurs ? On fait le point.

Créé officiellement par l’accord national interprofessionnel du 19 juillet 2005, le télétravail a pris une place importante dans la vie professionnelle des Français. D’après la définition du gouvernement, le télétravail « est une forme d’organisation qui permet à un salarié de travailler ailleurs que dans les locaux de son employeur, de façon volontaire, grâce aux technologies de l’information et de la communication. Il peut donc travailler soit chez lui, soit dans un télécentre, par exemple s’il habite loin de son entreprise ou exerce une profession nomade. »

La récente réforme du Code du travail initiée par le gouvernement Macron rend plus souple sa mise en place. Les entreprises qui refusent le télétravail doivent désormais motiver leur refus, et le télétravail ne nécessite plus la signature d’un avenant au contrat de travail, un simple mail suffit à formaliser sa mise en place.

Télétravailleur, dis-moi qui tu es

Pourtant, selon une enquête de l’IFOP1 publiée en janvier 2018, seuls 6 % des salariés pratiquent le télétravail de manière contractualisée et officielle. Seulement ? Oui, mais 15 % y recourent de manière occasionnelle, et 4 % régulièrement. On constate un écart entre les cadres, dont 42 % télétravaillent de manière informelle, contre seulement 25 % des salariés. Le télétravail se passe d’abord à la maison (47 %), suivi de près par les espaces de travail partagés (23 %), puis dans des bureaux satellites de l’entreprise (22 %). En moyenne, le télétravail est pratiqué deux jours par semaine, et surtout appliqué dans les services, et plus particulièrement les secteurs de l’information et de la communication.

Côté pile, les bénéfices ressentis du télétravail

Une étude menée en 2018 par le cabinet Obergo (Observatoire du télétravail et des conditions de travail) pointe plusieurs impacts positifs ressentis par les salariés. 96 % des femmes et 95 % des hommes considèrent que le télétravail induit une meilleure qualité de vie personnelle, à la fois au travail, mais aussi en dehors. Ils sont 84 % à apprécier la meilleure répartition du temps, entre les obligations professionnelles, familiales, sociales et personnelles, notamment grâce au gain de temps généré par la suppression du temps de trajet. Les télétravailleurs remarquent une diminution de la fatigue (89 %) et du stress (82 %) liés aux transports. Voilà au rayon bien-être.

Et au niveau de la productivité, cela donne quoi ? Du positif aussi ! 86 % des télétravailleurs estiment avoir une meilleure productivité (ils étaient 77 % en 2012), et 84 % considèrent fournir un meilleur travail (contre 70 % en 2012). Plus de concentration, moins de réunions, moins d’interruptions : un tiercé gagnant.

N’oublions pas l’environnement, qui profite aussi de la tendance du télétravail. Selon une autre enquête IPSOS et Revolution At Work3, 79 % des Français estiment aussi que le télétravail est une bonne chose pour réduire les embouteillages. Un chiffre qui grimpe à 83 % chez les Franciliens : on se demande bien pourquoi…

Côté face, les inconvénients du télétravail

On se croyait presque dans un remake de la Mélodie du Bonheur, et puis non, il y a quand même quelques bémols.

Une augmentation du temps de travail

57 % des télétravailleurs estiment que le télétravail augmente leur temps de travail, notamment en raison du temps gagné sur le trajet du matin, et 15 % ressentent une augmentation de leur charge de travail. Dans son rapport Work Everywhere, everytime, l’OIT (Organisation Internationale du Travail) pointe les dangers du télétravail à domicile pour la santé. 42 % des personnes4 travaillant tous les jours à leur domicile déclarent se réveiller plusieurs fois par nuit, contre seulement 29 % des salariés travaillant à leur bureau.

Télétravail à domicile : le risque de l’isolement social

Camille Pfeffer, doctorante à l’IAELyon (Laboratoire Magellan), mène une thèse consacrée à l’incidence de l’espace de coworking sur l’identité des salariés, et a choisi Nextdoor comme l’un de ses terrains d’étude. Elle confirme que le tableau n’est pas totalement rose. « Au cours de mes entretiens, j’ai rencontré des gens qui se sont retrouvés en télétravail, à leur domicile ou en mobilité, et qui vivaient mal de travailler chez eux. L’isolement social est un thème récurrent dans leur discours, tout comme l’impossibilité de créer des relations sociales, surtout lorsqu’ils arrivent dans une nouvelle ville. Certains ont de vraies appréhensions : ils ont besoin d’un cadre, d’un rythme, de partir de chez eux le matin et de couper le soir en rentrant. »

Pour ce qui est des contacts, l’étude IPSOS Revolution At Work3 montre que 28 % pensent que c’est plutôt une mauvaise chose pour les échanges avec d’autres professionnels, et 44 % pour les relations entre collègues.

Résultat, 65 % des salariés souhaitent avoir accès à « des espaces de convivialité pour favoriser les échanges informels », et 52 % envisagent de travailler plus souvent dans des espaces de coworking, cafés et autres centres d’affaires. « En plus de leur offrir un cadre, explique Camille Pfeffer, ces espaces partagés sont des espaces où ils peuvent créer des relations, voire développer une certaine créativité dans leurs pratiques de travail. »

Un environnement de travail inadapté

Autre difficulté rencontrée par les télétravailleurs : un environnement de travail inadapté au domicile, avec l’absence d’une pièce dédiée au travail, et même parfois d’une table faisant office de bureau. Nous vous alertions récemment sur le blog sur les risques de troubles musculosquelettiques guettant les travailleurs du tertiaire en raison de mauvaises postures et d’espaces de travail mal aménagés. Les télétravailleurs, qui travaillent parfois sur une table basse ou dans leur canapé, sont particulièrement exposés.  

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Là encore, la solution peut résider dans les espaces de coworking, qui, s’ils proposent eux aussi des canapés pour travailler, disposent également de mobilier à l’ergonomie adaptée.

Les entreprises, elles en pensent quoi, du télétravail ?

Elles sont partagées, comme les télétravailleurs. La productivité en hausse, la baisse d’absentéisme de 20 %, et jusqu’à 30 % d’économie de surface immobilière de locaux5 les incitent à voir le bon côté du télétravail.

Mais le sujet de l’isolement des salariés revient aussi sur la table, ainsi que les difficultés à manager à distance. Le télétravail nécessite de revoir les modes de management, pour passer du micro management au management par objectifs et favoriser l’autonomie. Ce qui ne se fait pas partout de manière très fluide… « Sans oublier la question du lien et du vivre ensemble en entreprise, souligne Camille Pfeffer, qu’on a parfois un peu tendance à oublier. La question est : comment maintient-on le lien avec l’entreprise ou l’équipe en étant à distance ? »

Le flou artistique sur la question des coûts du télétravail

Toujours d’après l’étude Obergo, les télétravailleurs sont 28 % à pointer du doigt une augmentation des coûts personnels liés à l’activité professionnelle. Aïe. Les récentes ordonnances de la réforme du Code du travail ont supprimé l’obligation pour l’employeur d’assumer tous les coûts inhérents au télétravail… Mais l’article 7 de l’accord national interprofessionnel du 19 juillet 2005 (cf. ci-dessus), étendu à la plupart des entreprises, prévoit la prise en charge par l’employeur des coûts générés par le télétravail. Cet article prévaut sur la modification du Code du travail, puisqu’il est plus favorable aux salariés. Un vrai sac de nœuds…

Quant à l’encadrement de la prise en charge d’un espace de travail partagé, c’est le vide intersidéral, et les entreprises fonctionnent au cas par cas. Pour les travailleurs nomades ou détachés, ce coût est le plus souvent assumé par l’entreprise. Mais s’il s’agit d’un salarié disposant d’un bureau au siège et qui préfère télétravailler une journée par semaine pour améliorer sa concentration, ce sera walou.

Le télétravail est-il fait pour vous ?

Une autre question subsiste, et pas des moindres : tous les salariés sont-ils faits pour le télétravail ? La réponse est non pour l’Obergo, qui liste douze conditions pour un télétravail réussi.

  1. Aimer travailler seul(e), loin du collectif de travail.
  2. Disposer d’une triple aptitude à l’autonomie (professionnelle, gestion du temps, technique).
  3. Être déjà bien intégré aux réseaux professionnels internes de l’entreprise pour diminuer le risque d’isolement.
  4.  Être conscient de la nécessité du télétravail à temps partiel (ne pas dépasser deux ou trois jours par semaine) pour diminuer le risque d’isolement.
  5. Faire partie d’une famille télétravail-compatible (conjoint, mais aussi enfants, selon les âges).
  6. Habiter un logement télétravail-compatible : surface, réseaux… mais aussi environnement.
  7. Accepter l’idée de vivre le paradoxe « Plus de temps de travail/plus de qualité de vie ».
  8. Avoir négocié et signé un document écrit s’appuyant sur l’accord ou la charte d’entreprise fixant les modalités personnelles du télétravail.
  9. Avoir un rapport de confiance très grand avec l’entreprise et le management.
  10. Occuper un emploi « télétravaillable ».
  11. Exercer un métier intéressant rendant supportable un temps de travail pouvant être plus long.
  12. Avoir une fonction bénéficiant d’un fort degré d’autonomie dans l’organisation et pouvant être gérée selon les modalités de la gestion par objectifs.

L’Obergo s’appuie sur ses différentes enquêtes pour proposer un test interactif aux salariés envisageant le télétravail. Il permet à chacun de déterminer précisément s’il sera vraiment à l’aise (ou pas) en travaillant depuis son domicile. Vous, ça donne quoi ?

Les espaces de coworking, une réponse qui séduit

Malgré ces quelques bémols, la progression du télétravail se poursuit et s’inscrit désormais dans les nouveaux modes de travail. Pour les salariés nomades ou responsables du développement de nouvelles activités loin du siège de leur entreprise, les espaces de travail partagés constituent une alternative intéressante. Ils apportent aussi une réponse ponctuelle à l’entreprise, en cas de grève prolongée ou de conditions météo exceptionnelles, pour proposer aux salariés un cadre de travail adapté plus près de chez eux. « Attention toutefois, rappelle Camille Pfeffer, à ce que l’entreprise ne se désengage pas du salarié parce qu’il est intégré dans un espace de coworking. Il reste un salarié à part entière. »

Entreprises et salariés contournent ainsi le casse-tête chinois consistant à réunir des justificatifs réels à transmettre à l’Urssaf pour l’exonération de charges sociales (NB : l’Urssaf demande le détail des frais imputés au télétravail, une partie de plaisir lorsqu’il s’agit de détailler ses quittances de loyer, factures d’électricité, de chauffage et d’Internet…).

Découvrir le télétravail façon Nextdoor

Chez Nextdoor, forcément, on ne peut qu’encourager entreprises et salariés à expérimenter le modèle des espaces de travail collectif, et à s’immerger dans la richesse des expertises de la communauté.

Interactions et mixité des usages sont au cœur de notre philosophie. Découvrez nos différentes formules, pensées pour répondre aux besoins occasionnels ou permanents des entreprises de toute taille, des salariés et des indépendants.

Appel à témoins

Vous êtes salarié dans une entreprise et télétravaillez dans un espace de coworking, votre profil intéresse Camille Pfeffer pour sa thèse. Pour échanger, vous pouvez la contacter à cette adresse : camille.pfeffer@univ-lyon3.fr.



Article rédigé par Clémentine Garnier
pourNextdoor, Business Humanizer




1 — Étude IFOP pour Malakoff Médéric sur le télétravail, janvier 2018.
2 — 5e enquête Obergo sur les impacts du télétravail, réalisée avec le soutien de la CFDT Cadres, 2018.
3 — Enquête IPSOS et Revolution At Work, 2016.
4 — Eurofound and the International Labour Office (2017), Working anytime, anywhere: The effects on the world of work, Publications Office of the European Union, Luxembourg, and the International Labour Office, Geneva.
5 – Source : Direction Générale des Entreprises (DGE)/ Greenworking / CGE.